Le risque et les chefs d’entreprise français



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Par Jean-Claude Volot, président de Dedienne Aerospace | 16/09/2013

Par peur du lendemain, notamment fiscal, les entrepreneurs prennent de moins en moins de risque.

Les entreprises françaises sont sur le podium du championnat d’Europe des taxes et charges salariales. Au fil des mois, la hausse du chômage ne fait et ne fera qu’augmenter nos différents déficits et, par conséquent, les charges sur nos entreprises. La spirale infernale est en accélération. Est-il possible d’arrêter cette forme de fatalité ? Peut-on enclencher la spirale vertueuse dont nos cousins allemands profitent depuis le courageux plan Schröder ?

Dans une très large majorité, nos entrepreneurs sont tétanisés par les continuelles hausses de charges, les contraintes sociales et réglementaires. Leur principale inquiétude, ce ne sont plus les commandes clients, mais la manière dont les pouvoirs publics vont altérer leur dynamique entrepreneuriale. Y a-t-il des routes possibles pour progresser dans ce contexte ? Ont-ils encore la possibilité de se développer alors que le taux de marge brute de leurs entreprises n’est plus que de 28 % contre 42 % outre-Rhin, selon le rapport Gallois ?

Nos entreprises se comportent donc non plus en investisseurs, mais en épargnants !

En 2012, le rapport Rameix sur le financement des PME et ETI par le marché financier, fait en collaboration avec la Banque de France, a montré une réalité autre que celle généralement admise. En effet, depuis l’an 2000, les fonds propres de nos PME-PMI ont augmenté au point d’être aujourd’hui supérieurs à ceux de notre étalon comparatif allemand. Nos entreprises se comportent donc non plus en investisseurs, mais en épargnants ! Une situation due en grande partie à la crainte permanente des dirigeants de voir se modifier leur environnement fiscal et social. Ils préfèrent ainsi « stocker » du résultat plutôt qu’investir par peur des incertitudes du lendemain. Il en résulte une anesthésie de la prise de risques qui engendre à son tour un défaut majeur d’investissements matériels et immatériels…

Au cours des deux premières années du grand emprunt (devenu investissement d’avenir), René Ricol - alors commissaire général à l’investissement - et son équipe, ont parcouru la France, visité les entreprises, les pôles de compétitivité, les fédérations professionnelles, les centres de recherche. Curieusement, peu de PME-PMI et d’ETI leur ont demandé des financements pour leurs projets alors qu’elles auraient dû être bénéficiaires prioritaires ! Cela confirme une fois de plus la frilosité des entrepreneurs, qui, malheureusement, accumulent du retard dans l’évolution de leurs produits et services. Seuls 20 % environ d’entre eux ont des taux d’investissement convenables en R&D, moyens de production et formation. Ceux qui respectent ces taux ont des résultats satisfaisants et continueront d’en avoir malgré les lourdes contraintes qui pèsent sur eux. Alors, pourquoi ne pas investir suffisamment puisque que nos fonds propres et notre capacité d’endettement se sont nettement améliorés au fil des douze dernières années ?

Un programme de R& D créatif à la française

Le résultat de cette atonie est une chute de notre rentabilité, l’augmentation des charges fiscales et sociales n’arrangeant rien. Elle conduit aussi à un affaiblissement de nos performances sur les marchés. En conséquence, nous sommes attaqués sur le marché français par des concurrents étrangers. Attaques que nous ne nous donnons pas suffisamment les moyens de compenser sur les marchés européens et mondiaux.

Une stratégie intelligente et adaptée à l’entreprise, un programme de R&D « créatif » à la française, même simplement d’adaptation produit, un plan global de formation des effectifs et une vision mondialisée des marchés ont toujours été, et sont aujourd’hui encore, la solution pour nos entreprises. Ne pas le faire, même dans le contexte actuel, c’est garantir l’apparition de maux de plus en plus prégnants. Le faire, c’est garantir profits, croissance et emplois.

Source :  http://business.lesechos.fr